Les avantages des infrastructures naturelles en zone industrielle

Quand on pense à une zone industrielle, ce n’est pas le vert qui vient en tête en premier, mais plutôt à des bâtiments cubiques, à des aires de chargement accueillant camions, conteneurs et vracs. Toutefois, les milieux naturels et les aménagements intégrant les végétaux, que l’on peut appeler aussi infrastructures naturelles, sont des éléments importants pour une zone industrielle résiliente, durable et attractive.

Les infrastructures naturelles

Les infrastructures naturelles sont définies « comme un réseau interconnecté d’espaces verts et bleus qui préservent les valeurs et les fonctions des écosystèmes naturels en fournissant des bénéfices aux populations humaines. » [1] C’est donc un ensemble d’éléments naturels ou semi-naturels rendant des services essentiels à l’humain. Il peut s’agir d’éléments de formes aussi variées que des boisés, des friches industrielles ou encore des aménagements comprenant des végétaux. Elles peuvent aussi se déployer à différentes échelles, de l’arbre de rue au parc de conservation écologique, en passant par les toits verts et les corridors écologiques. [2]

Éléments naturels

  • Friche
  • Boisé
  • Milieu humide
  • Cours d’eau

Éléments semi-naturels

  • Marais artificiel
  • Toit vert et mur végétalisé
  • Arbre de rue
  • Bassin de biorétention

Les infrastructures naturelles peuvent remplir plus d’une fonction et répondre à plusieurs problématiques en même temps, elles constituent donc un outil intéressant en milieu urbain, particulièrement dans les secteurs industriels, où les problématiques environnementales sont multiples.

On utilise le terme infrastructures naturelles en opposition à infrastructures grises qui, elles, font le plus souvent référence à du béton, du bitume ou de l’asphalte. Ces dernières sont des technologies mises en place par l’humain pour répondre aux besoins de la population, par exemple les égouts et les bassins de rétention pour les eaux pluviales. Elles sont souvent destinées à répondre à une problématique unique et spécifique et sont utilisées seulement lorsqu’il y a un besoin, n’apportant ainsi que peu ou pas de co-bénéfice. [3]

 

Exemple : la gestion des eaux pluviales 

Les infrastructures grises, comme les égouts, vont permettre d’acheminer l’eau jusqu’à l’usine d’épuration ou un cours d’eau. Toutefois, la biorétention, qui est un aménagement d’ingénierie comprenant des végétaux, permettra en plus de réduire les volumes et débits d’eau qui se rendent à l’usine, de filtrer les polluants, de réduire les îlots de chaleur, de favoriser la biodiversité du secteur, d’augmenter la qualité de vie des résidents et des travailleurs à proximité, et plus encore !

 

 

 

Les services écosystémiques

Les services écosystémiques sont les bénéfices que la nature apporte à l’humain. Ils sont généralement divisés en quatre catégories, soit les services de régulation, socioculturels, d’approvisionnement et de soutien.

 

Exemples de services fournis par la nature en contexte industriel :
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Services de régulation 

  • Gestion des eaux pluviales
  • Réduction des îlots de chaleur
  • Réduction des gaz à effet de serre
  • Amélioration de la qualité de l’air, de l’eau et des sols
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Services socioculturels 

  • Atténuation des nuisances
  • Amélioration du bien-être et de la qualité de vie
  • Sentiment d’appartenance
     
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Services
d’approvisionnement

  • Fourniture de matières premières
  • Services de soutien [4]

Cette dernière catégorie est à la base des trois premières en établissant les conditions nécessaires pour le bon fonctionnement des écosystèmes. Ils n’offrent donc pas de bénéfices directement à l’humain.

 

Les infrastructures naturelles se caractérisent par :
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Leur complexité

Effectivement, un arbre ou un espace gazonné n’apporteront pas autant de services, en quantité et en qualité, que des milieux naturels plus complexes, tels qu’un boisé, un milieu humide ou une friche peuvent le faire. Il y a ainsi des services apportés par chaque élément individuellement, et aussi des services apportés par le cumul (ou consolidation) des éléments naturels. C’est pour cette raison qu’il est important d’éviter la fragmentation des milieux naturels.

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L’échelle

Certains bénéfices sont perçus lorsque l’on est à proximité du milieu naturel alors que d’autres peuvent l’être à une plus large échelle. Par exemple, la réduction des îlots de chaleur se ressent sur une échelle très locale alors que la gestion des eaux pluviales peut avoir un impact sur le réseau d’égout d’un secteur de 1 ha et plus. Ainsi, la localisation et l’envergure des infrastructures naturelles dépendent des besoins auxquels on veut répondre. Ils peuvent ne pas être ressentis directement et tout de même avoir un impact significatif à l’échelle globale, ajoutés les uns aux autres. C’est particulièrement vrai pour la capture des GES par la végétation.

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Leur complémentarité

À travers une planification spatiale équitable et bien conçue, les boisés, les milieux humides et les friches jouent chacun leurs rôles pour la société. Il est donc particulièrement important de préserver les différents types d’écosystèmes pour couvrir l’ensemble des services écosystémiques possibles.

Quelques avantages

Fournir des services essentiels à un prix réduit

Les infrastructures naturelles peuvent rendre de nombreux services écosystémiques, soit des bénéfices que la nature peut apporter à l’humain. Parmi les services que les végétaux peuvent rendre, plusieurs ont un intérêt particulièrement intéressant pour les zones industrielles.

  • Régulation de la température locale : Concrètement, lorsque l’on compare la température d’une zone industrielle à une zone naturelle en périphérie, il est possible de noter une différence de température pouvant atteindre 17 °C. [5] La zone naturelle est plus chaude l’hiver et plus fraîche l’été. Ça permet donc de réduire les besoins en chauffage en hiver et en climatisation en été !
  • Gestion des eaux pluviales : Les végétaux vont absorber une portion des eaux pluviales pour répondre à leurs besoins. Cette eau est ensuite évaporée dans l’air faisant en sorte de réduire les volumes d’eau pluviale qui se dirigent vers les canalisations. De plus, la vitesse à laquelle l’eau se dirige vers le réseau collecteur est ralentie, ce qui réduit la pression sur l’usine d’épuration ainsi que les risques d’inondations et de refoulement d’égouts. On évite donc des coûts de nettoyage et de réparation, surtout dans un contexte où les primes d’assurances augmentent en raison des changements climatiques. [6]
  • Atténuation des nuisances (bruits, poussières, odeurs, etc.) : Les végétaux ont la capacité de filtrer les polluants dans l’air, de réduire le bruit des activités industrielles et de diminuer la perception d’odeurs désagréables. Par exemple, une zone tampon de 15 à 30 m va permettre de réduire le bruit de 5 à 10 dB et une haie brise-vent de 1 à 3 rangées de réduire les poussières de l’air de plus de 40 %. [7]
  • Amélioration du bien-être et de la qualité de vie : La présence de végétaux dans les milieux de vie contribue à la santé mentale et physique des travailleurs et des riverains. Ils offrent aussi des milieux intéressants pour la détente et les rencontres, ce qui constitue un atout indéniable pour l’attractivité de la main-d’œuvre. [8, 9] L’acceptabilité sociale des activités industrielles s’en trouve grandement améliorée. [9, 10]
  • Captation des gaz à effet de serre : Ces gaz, qui sont à l’origine des changements climatiques, peuvent être séquestrés dans les végétaux. Par exemple, un seul arbre permet de stocker en moyenne 10 à 40 kg de CO2 par an, ce qui est équivalent à la combustion d’un litre d’essence. [11, 12]

Les infrastructures naturelles rendent des services à un coût réduit. En voici quelques exemples : 

  • La présence de végétation, sur le bâtiment ou à proximité, réduit les coûts énergétiques d’un bâtiment. Selon l’emplacement et le choix des végétaux (principalement des arbres), il est possible de faire des économies importantes. Ainsi, un toit vert amène une réduction de 27 à 38 % de la demande mensuelle moyenne en chauffage et de 91 à 99 % de la demande annuelle en climatisation. [13]
  • Dans le cas de la gestion des eaux pluviales, le coût de réalisation d’un projet d’infrastructure naturelle est moins dispendieux de 15 à 80 % comparativement à une infrastructure grise classique, par exemple un bassin de rétention souterrain. [14]

Même des investissements modestes dans l’apport de végétaux sur un site ont des répercussions positives indéniables. 

En termes de climatisation, une diminution de 1 °C est suffisante pour réduire les coûts de climatisation d’un bâtiment de 5 %. Ainsi, en préservant stratégiquement des arbres à proximité d’un bâtiment, il est possible de réduire les coûts en énergie tout à fait gratuitement. De façon similaire, les plantes grimpantes, qui représentent une dépense de quelques centaines de dollars seulement, peuvent réduire la température des façades, et ce, jusqu’à près de 14 °C. [15] La localisation, la pertinence des infrastructures naturelles et leur cumul sont des facteurs primordiaux. 

Chacun peut participer à sa mesure et ainsi contribuer à l’effort collectif pour ramener davantage de nature en ville.

À l’échelle d’une ville ou d’une région, la présence d’infrastructures naturelles aide à réduire la facture des municipalités pour plusieurs services rendus à la population et aux entreprises. La Fondation David Suzuki (2015) a évalué les services prodigués par les infrastructures naturelles de la CMM à 2,2 milliards de $ par an. À l’opposé, la perte de milieux naturels entraîne des coûts supplémentaires faramineux pour les municipalités, de l’ordre de 235 millions de $ par année. [2] Il a également été démontré que pour chaque dollar investi dans la forêt urbaine, il est possible de réduire les dépenses en services publics de 2 à 10 $. [16]

Augmenter l’attractivité de la zone

Dans le contexte actuel de pénurie de main-d'œuvre, l’attractivité et la rétention des employés sont des enjeux majeurs pour les entreprises. Cela devient d’autant plus important lorsque l’on sait que la perte d’un employé représente pour l’employeur de 0,5 à 2 fois le coût de son salaire. [17] Un bon environnement de travail peut influencer fortement le bien-être et l’attachement des employés envers leur entreprise. C’est un bénéfice informel de plus en plus recherché par les travailleurs. La présence d’éléments naturels et de végétaux est justement une solution intéressante pour favoriser cela.

En 2008, Deloitte et Charles Lockwood ont réalisé une étude auprès de compagnies ayant fait des rénovations vertes plutôt que des rénovations conventionnelles. L’un des constats est que 96 % des entreprises ont remarqué une hausse de l’attractivité de talents, et 81 % une augmentation de la rétention des employés.

La firme canadienne Smith Carter a sondé ses employés à la suite du déménagement de l’entreprise dans un bâtiment écologique pour évaluer l’impact de ce nouvel environnement de travail. Ils ont constaté une augmentation de 75 % de la satisfaction des employés. [18]

Les attentes des jeunes travailleurs

La protection de l’environnement est au cœur des préoccupations des jeunes générations comme on a pu le constater en septembre 2019 lors d’une manifestation historique rassemblant environ 500 000 personnes. [19] Des études révèlent également que la génération des 18 à 35 a des attentes importantes quant à la protection de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques. Plus de 95 % d’entre eux veulent que leurs employeurs aillent plus loin que le respect minimum des réglementations en place. [18]

En 2019, un sondage Léger a été réalisé au Québec chez les moins de 35 ans. Pour 81 % des jeunes travailleurs sondés, il était important d’évoluer dans une entreprise qui pose des gestes pour améliorer l’environnement et l’écologie. De plus, 85 % affirment qu’il est important pour eux de prévenir la pollution, de protéger l’environnement et de respecter la planète. [20]

Selon The Employee Expectations Report de 2020, qui a étudié les réponses de sondages de 14 millions d’employés, la préoccupation environnementale a augmenté globalement de plus de 50 %. Voici les principales caractéristiques des employés pour qui une hausse importante des préoccupations pour ces enjeux a été notée :

  • Génération Z (moins de 25 ans) : 128 % ;
  • Milléniaux (26 à 41 ans) : 62 %.

Dans le secteur manufacturier, l’augmentation générale de l’intérêt pour la protection environnementale chez l’ensemble des employés était de 595 %. [21]

Assurer la santé et le bien-être des travailleurs

Les zones industrielles constituent des milieux très minéralisés possédant très peu de végétation. Ces espaces sont donc des îlots de chaleur, et généralement soumis au bruit et à la poussière. Cet environnement hostile vient affecter la qualité de vie des travailleurs et peut avoir des conséquences sur la santé de ceux-ci. La présence d’éléments de nature est reconnue pour avoir un effet bénéfique autant sur la santé physique que mentale des humains.

La biophilie : comment la nature peut favoriser la productivité

La biophilie est un concept qui est de plus en plus intégré dans l’aménagement des espaces de travail. Il fait référence au besoin fondamental de l’humain d’être en contact avec la nature, avec le vivant. Ainsi, l’accès à une vue sur des arbres ou un plan d’eau, à la lumière naturelle, à des espaces de repos extérieurs végétalisés sont des critères d’emploi de plus en plus recherchés. Inconsciemment, l’humain cherche à recréer les conditions d’un environnement naturel favorable à sa vie. [22, 23]

La proximité avec la nature à des effets positifs sur la santé physique et mentale. Récemment, les études sur la biophilie ont démontré des effets importants sur les travailleurs spécifiquement, telle qu’une :

  • augmentation de 15 % du bien-être ressenti,
  • augmentation de 5 à 15 % de la productivité,
  • augmentation jusqu’à 15 % de la créativité,
  • diminution de 10 % d’absence au travail. [24]
Quand la santé des travailleurs est en jeu

Sur le plan de la santé physique, les végétaux ont également de nombreux avantages autant pour les travailleurs que pour les résidents à proximité. Les plus importants sont l’atténuation des nuisances et la création d’îlots de fraîcheur.

L’atténuation des nuisances

Les infrastructures naturelles permettent de réduire les nuisances occasionnées par une zone industrielle. Cela est pertinent non seulement pour les résidents à proximité, mais aussi pour les employés de la zone. La végétation vient améliorer la qualité de vie en réduisant notamment les quantités de poussière dans l’air et en atténuant la pollution sonore.

Ainsi, une rue comprenant des arbres matures peut réduire jusqu’à 4 fois les concentrations de poussière dans l’air, par rapport à une rue sans arbres. [25] En améliorant la qualité de l’air sur le site, la santé des individus est favorisée et le confort est augmenté. Par ailleurs, la végétation dans les milieux urbains permet d’absorber et de diffuser le son en plus de limiter les effets d’amplification. Sachant que les risques de maladie cardiovasculaire et cérébrovasculaire augmentent de 0,17 à 0,66 % pour chaque augmentation de 1 dB, la réduction des nuisances sonores est véritablement une question de santé publique. [26]

La création d’îlots de fraîcheur

Les infrastructures naturelles peuvent également fournir des îlots de fraîcheur aux employés lors des périodes de fortes chaleurs. En effet, les arbres viennent créer de l’ombre ce qui limite l'absorption de chaleur par les surfaces asphaltées, ce qui augmente alors la température ambiante même après le coucher du soleil. De plus, les arbres font de l’évapotranspiration ce qui permet d’augmenter l’humidité de l’air et donc de réduire la température. [25]

Les zones industrielles sont des îlots de chaleur importants en raison de l’importante imperméabilisation des sols. La chaleur est d’ailleurs reconnue comme étant un facteur de risque pour plusieurs troubles de santé comme l’hypertension et les maladies cardiovasculaires. [27] Lors de la période de canicule à l’été 2018, 66 décès ont été attribués à la chaleur à Montréal.

C’est donc dire que les îlots de chaleur peuvent tuer !

Les entreprises sur ces territoires peuvent jouer un rôle pour limiter les décès en faisant du verdissement sur leurs propriétés. Cela s’inscrit dans les responsabilités sociales des entreprises autant pour les employés que pour les résidents à proximité.

Anticiper les changements réglementaires et la sensibilité sociétale

Depuis quelques années, les préoccupations environnementales ont pris de plus en plus de place dans la sphère publique, que ce soit au niveau politique ou sociétal. La population exige maintenant des gouvernements et des acteurs économiques de poser davantage de gestes concrets pour protéger l’environnement. Avec cette pression, les gouvernements et les municipalités imposent de nouvelles exigences réglementaires, notamment en termes de verdissement et de gestion des eaux pluviales.

Considérant les impacts à venir des changements climatiques, la pression sociétale et réglementaire va augmenter dans les années à venir. En intégrant dès aujourd’hui la végétation dans l’aménagement des lots et zones industrielles, il est possible d’aller au-devant de ces exigences et, du même coup, d’améliorer l’image de marque de son entreprise.

De plus, les modifications réglementaires auront un impact sur la valeur immobilière des bâtiments ainsi que les flux de trésorerie. La hausse des exigences amènera certainement le besoin de changements pouvant représenter des coûts importants pour une entreprise. Aussi, les bâtiments qui ne seront pas à jour quant à réglementation seront moins attractifs lors de la revente et leur assurabilité pourrait être compromise. Dans certains cas, les activités permises pourraient être limitées si une mise aux normes n’est pas effectuée. [18]

Voici quelques exemples d’évolution des exigences réglementaires :

  1. Gestion des eaux pluviales, Ville de Montréal
    La Ville de Montréal a modifié, en 2020, son règlement concernant la gestion des eaux pluviales. Dorénavant, les installations comprenant des surfaces imperméables (toit, stationnement, etc.) d’une superficie de 1 000 m2 et plus doivent comprendre des systèmes de rétention et de gestion des eaux de pluie. Cela s’applique pour les nouveaux bâtiments comme les rénovations et pour tous les niveaux d’accumulation de pluie. [28, 29]
  2. Carboneutralité, Montréal
    La Ville de Montréal a annoncé en mai 2022 qu’elle devançait l’échéance de 10 ans pour la transformation des immeubles sur son territoire vers la carboneutralité. Ainsi, d’ici 2040, tous devront être alimentés par des énergies renouvelables. Pour les nouvelles constructions, la cible est 2025. [30]
  3. Toits verts, Ville de Toronto
    La Ville de Toronto est avant-gardiste en matière de réglementation des toits verts en Amérique du Nord. Depuis 2009, tous les nouveaux bâtiments industriels d’une superficie de plus de 2 000 m2 doivent inclure un toit vert couvrant minimalement 10 % du toit ou 100 % de matériaux réfléchissants et une gestion adéquate des eaux pluviales. [31]
  4. Efficacité énergétique, Angleterre
    Au Royaume-Uni, les exigences en matière d’efficacité énergétique ont été fortement renforcées dans le cadre de l’Energy Act en 2011. Le gouvernement a mis en place des normes minimales de performance énergétique pour les bâtiments existants. Ces exigences font en sorte que les bâtiments qui ne respectent pas les exigences minimales en date du 1er avril 2018 ne peuvent plus être loués. [18]
Mettre en place des aménagements multifonctionnels

En préservant les milieux naturels et en aménageant des espaces végétalisés, il est possible de répondre non seulement à la problématique spécifique ciblée, mais aussi d’apporter des solutions à d’autres enjeux environnementaux complémentaires.

Par exemple, la plantation d'arbres permet de réduire les îlots de chaleur en créant de l’ombre et des microclimats. Elle permet de participer à la gestion des eaux pluviales en réduisant les volumes et les débits, de filtrer les polluants de l’air et réduire les quantités de poussières et plus encore. Il y a donc de nombreux co-bénéfices à la préservation et l’implantation d’infrastructures naturelles.

En plus des multiples bénéfices que ces espaces peuvent apporter, il y a aussi la possibilité de combiner différents usages et fonctions. [32] Ainsi, une zone tampon entre un secteur industriel et résidentiel a pour principal rôle la réduction des nuisances comme le bruit, la poussière, les odeurs et la pollution visuelle. Cet espace peut toutefois aussi être utilisé pour l’aménagement d’une piste multifonctionnelle permettant aux travailleurs et aux riverains de se déplacer dans le secteur. Il est également possible d’aménager un espace de repos avec des bancs et des tables de pique-nique pour les employés afin de leur permettre de changer d’environnement durant leurs pauses de travail et ainsi de se ressourcer.

Un toit vert peut devenir un espace accessible aux travailleurs et leur fournir des occasions de loisir, comme l’agriculture urbaine ou l’organisation d’activités de sensibilisation. Cela peut devenir une opportunité intéressante d’impliquer les employés dans la gestion de ces espaces et ainsi de favoriser leur sentiment d’appartenance. Certaines entreprises utilisent aussi cet espace pour des réceptions ou des événements.

En prenant en compte plusieurs usages possibles, les infrastructures naturelles peuvent répondre à plusieurs besoins en même temps pour un coût relativement peu élevé.

Favoriser une meilleure adaptation aux changements climatiques

On le sait, le climat mondial et local subit actuellement des modifications majeures et celles-ci devraient s’accentuer dans les années à venir. À Montréal spécifiquement, les changements climatiques affecteront notamment la température et les précipitations.

  • La température moyenne annuelle devrait augmenter de plus de 3 °C entre 2041 et 2070. Selon les chiffres du consortium Ouranos, le nombre de jours où les températures seront supérieures à 30 °C passera à 41, une augmentation de 30 jours par rapport à 2021. Il y aura en moyenne plus de vagues de chaleur (4 plutôt que 2) qui se dérouleront sur une plus grande période de temps (22 jours plutôt que 2).
  • Les précipitations connaîtront une augmentation en fréquence et en intensité. Il y aura donc plus souvent des pluies extrêmes ; on anticipe une augmentation moyenne de 119 mm de pluie annuellement. [33, 34]

À cela s’ajoute également une augmentation des phénomènes météorologiques violents, comme les orages et les grands vents. [35]

Les coûts de ces changements

Ces dérèglements climatiques apporteront leur lot de conséquences sur les secteurs industriels, notamment en termes de coûts. La hausse des précipitations et des événements météorologiques extrêmes entraîne une augmentation des risques d’inondation et des dommages aux infrastructures. Les coûts directs, comme la réparation et le remplacement des bâtiments ou encore les pertes matérielles, seront élevés. À cela s’ajoutent des coûts indirects, comme la fermeture de l’entreprise ou la réduction de la production pour la réparation des infrastructures.

Cette hausse des dommages matériels s’accompagne d'une hausse des primes d’assurance en raison de l’augmentation à prévoir du nombre de réclamations et des coûts associés. Phénomène qui est déjà bien installé.

Selon la base de données canadienne sur les catastrophes, le nombre annuel de catastrophes enregistré au Canada connaît une hausse importante depuis 50 ans. On en comptait 8 en 1970, pour des coûts moyens de 8,3 millions $. Entre 2010-2019, ce sont 112 millions $ de coûts moyens annuels. En 2016 ils étaient 27, soit +1 250 % en près de 45 ans. [36]

Santé et sécurité des travailleurs

L’augmentation des températures et des canicules viendra affecter grandement le confort des employés en plus de réduire la productivité de l’entreprise.

Dans ces conditions, les employés devront prendre des pauses plus fréquentes pour réduire le stress thermique. Des arrêts de travail pourraient être nécessaires en cas de coup de chaleur. D’ailleurs, une étude effectuée en 2019 auprès d’un site industriel en Ontario a constaté que chaque été, il y a une perte moyenne de 22 heures dans les manœuvres normales du site. [37]

En plus de la perte de productivité associée à la chaleur, les milieux de travail souffrent également d'une perte de vigilance chez les employés. Les risques d’accidents de travail, tels que les chutes ou les mauvaises manipulations, entraînent du même coup une perte de productivité. [38]

Le rôle des infrastructures naturelles

La réduction des surfaces minéralisées et la présence de végétation à proximité ou sur les toits permettent de réduire les températures ressenties au sol et donc de créer des îlots de fraîcheur. Sachant que les températures augmenteront dans les prochaines années et que les arbres mettent plusieurs années avant d’être matures, il est important de poser des gestes maintenant pour assurer un meilleur environnement de travail dans le futur. 

De même pour la gestion des eaux pluviales : les précipitations augmenteront lors d’épisodes de pluie plus courts, si bien que les infrastructures de collecte seront de plus en plus sollicitées. Les végétaux ont l’avantage important de réduire autant les volumes que les débits, réduisant ainsi la pression sur les égouts et les risques d’inondation. Cela permet de réduire les risques sur les bâtiments industriels en plus d’aider la société civile. 

Les milieux humides, les toits verts et le verdissement sont d’autant de solutions possibles pour la gestion des eaux pluviales, d’autant plus que leurs intérêts ne s’arrêtent pas là. [36]

Afin de prévenir ces impacts néfastes sur les zones industrielles, les infrastructures naturelles constituent des solutions tout indiquées qui demandent dans bien des cas de faibles investissements. Et lorsque l’on prend en compte tous les bénéfices cumulés sur le plan environnemental, social et économique, à l’échelle locale et à l’échelle globale, on se dit qu’il serait fou de s’en passer !
 

Découvrir comment intégrer les infrastructures naturelles à vos aménagements.

 

 

Références

[1] Maure, F., Rayfield, B., T. Martins, K., Garbe, C., Dupras, J., Auclair, J., Wood, S., Messier, C., Larocque, M. et Gonzalez, A. (2018). Le rôle des infrastructures naturelles dans la prévention des inondations dans la Communauté métropolitaine de Montréal.
[2] Rayfield, B., Dupras, J., Francoeur, X., Dumitru, M., Dagenais, D., Vachon, J., Paquette, A., Lechowicz, M., Messier, C. et Gonzalez, A. (2015). Les infrastructures vertes - un outil d’adaptation aux changements climatiques pour le Grand Montréal.
[3] Agence européenne pour l’environnement. (2015). Infrastructure verte: mieux vivre grâce à des solutions fondées sur la nature.
[4] Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. (s.d.). Services écosystémiques et Biodiversité.
[5] Agence d’urbanisme de Strasbourg Rhin supérieur. (2014). Les îlots de fraîcheur dans la ville.
[6] Roy, G. Le Quotidien. (2021). Le coût des assurances explose.
[7] Bentrup, G. (2008). Zones tampons de conservation : lignes directrices pour l’aménagement de zones tampons, de corridors boisés et de trames vertes.
[8] Institut national de santé publique du Québec. (2017). Verdir les villes pour la santé de la population.
[9] Bruggeman D., Defer V., Hendrickx S., Legrand A., Verelst S., Godart M.-F. et Teller J. (2020). Infrastructures vertes : Pourvoyeuses de services écosystémiques.
[10] Vivre en Ville. (2017). Des fiches de bonnes pratiques pour des milieux de vie en santé !
[11] Ressources naturelles Canada. (2014). Le bon $ens au volant - Les faits : Consommation de carburant et CO2.
[12] Lessard, G., Boulfroy, E. (2008). Les rôles de l’arbre en ville.
[13] Jacquet, S. (2010). Étude de la performance énergétique d’une toiture végétale extensive installée au centre-ville de Montréal.
[14] Société québécoise de phytotechnologie. (2018). Les aires de biorétentions.
[15] Société québécoise de phytotechnologie. (2022). Les murs végétalisés.
[16] Le 15-18 (Radio-Canada). (2020). Les infrastructures vertes comme solution durable pour les villes.
[17] Viaconseil. (2013). Combien coûte le roulement de personnel de votre entreprise ?
[18] World Green Building Council. (2013). THE BUSINESS CASE FOR GREEN BUILDING - A Review of the Costs and Benefits for Developers, Investors and Occupants.
[19] Radio-Canada. (2019). Plusieurs centaines de milliers de manifestants à Montréal pour le climat.
[20] Chantier de l’économie sociale. (2019). SONDAGE LÉGER* PORTANT SUR L’ENTREPRENEURIAT CHEZ LES MOINS DE 35 ANS AU QUÉBEC.
[21] Peakon Heartbeat. (2020). The Employee Expectations Report.
[22] Browning, W.D., Ryan, C.O., Clancy, J.O. (2014). 14 Modèles de conception biophilique - Améliorer la santé et le bien-être dans l’environnement bâti.
[23] Messanvi Gbetoglo, E. (2021). Les impacts de la biophilie et de la connexion avec la nature sur la productivité et le bien-être des employés : une revue de portée de la littérature.
[24] Cantin, F. (2017). Biophilie et environnements de travail.
[25] Hilary Duff. (2020). Comment les arbres gardent-ils les gens et les collectivités au frais.
[26] Aletta, F. (2022). Listening to cities - From noisy environments to positive soundscapes.
[27] Mon climat, ma santé - INSPQ. (s.d.). Îlots de chaleur.
[28] Venne, J.-F. (2021). Gestion des eaux pluviales : les règles du jeu ont changé.
[29] Ville de Montréal. (2020). Règlement sur les branchements aux réseaux d’aqueduc et d’égout publics et sur la gestion des eaux pluviales.
[30] Champagne, E.-P. (2022). Sommet climat Montréal - Accélérer l’action climatique.
[31] City of Toronto. (s.d.). City of Toronto Green Roof Bylaw.
[32] Van Neste, S.L., Rochefort, M., Dagenais, D., Paquette, S., Cloutier, G., Lapointe, D., Duchesne, S., Madénian, H., Guillemard, A., Provençal, J., Fournier, C., Chéné, F., Bonneau, A., Demard, E., Houde- Tremblay, E., Poulin, E. (2021). L’adaptation aux changements climatiques dans le réaménagement d’un secteur urbain à Montréal : documentation du processus et expérimentations en ateliers.
[33] Ouranos. (s.d.). Adaptation aux changements climatiques : défis et perspectives pour les régions de Montréal et Laval.
[34] Ouranos. (s.d.). Portraits climatiques.
[35] Mon climat, ma santé - INSPQ. (s.d.). S’adapter aux événements météorologiques extrêmes.
[36] Institut canadien pour des choix climatiques. (2020). La pointe de l’iceberg : Composer avec les coûts connus et inconnus des changements climatiques au Canada.
[37] Enjeux nationaux 2021. (2021). Chapitre 6 : Coûts et avantages liés aux impacts des changements climatiques et aux mesures d’adaptation. 
[38] Confédération européenne des syndicats. (2020). Un guide pour les syndicats : Adaptation au changement climatique et monde du travail.

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